2 500 milliards FG : le pari risqué du football guinéen

2 500 milliards FG : le pari risqué du football guinéen
Conakry est en effervescence. Le sport roi en Guinée traverse l’un de ses moments les plus critiques et les plus décisifs de son histoire. Avec un investissement colossal estimé à plus de 2 500 milliards de francs guinéens – près de 250 millions de dollars – injectés dans la rénovation du Stade de Nongo et du mythique Stade du 28 Septembre, le pays joue gros. Et ce n’est que la première étape : selon le ministre des Sports Kéamou Bogola Haba, le budget global pour doter la Guinée des infrastructures nécessaires à une CAN dépasse 8 000 milliards FG, soit environ 800 millions de dollars.
« Nous sommes aujourd’hui à plus de 2 500 milliards de francs guinéens d’investissement pour le stade de Nongo et le stade du 28 septembre, ce qui fait environ 250 millions de dollars.
Le budget global pour l’ensemble des stades à construire ici, -si nous voulons avoir la CAN-, s’élève à environ 8 000 milliards, soit près de 800 millions de dollars ».
Ce chiffre fait tourner les têtes. Et pour cause : dans un pays où les besoins sociaux sont immenses, consacrer une telle enveloppe au football est un pari qui soulève autant d’espoirs que de questions.
Un rêve vieux de plusieurs décennies
La Guinée a toujours vécu pour et par le football. Du mythique Hafia FC des années 70 à la ferveur du Syli national, le ballon rond a toujours été plus qu’un sport : c’est un ciment social, une passion nationale, une fierté collective. Mais sur le plan des infrastructures, le constat est amer : aucun stade aux normes CAF et FIFA, des pelouses en souffrance, des gradins vétustes.
Le projet actuel vise donc à changer la donne. Le Stade Général Lansana Conté de Nongo est au cœur de cette transformation. Longtemps critiqué pour ses travaux inachevés et sa pelouse impraticable, il bénéficie désormais d’une réhabilitation de grande ampleur. Quant au Stade du 28 Septembre, véritable symbole historique, il fait l’objet d’une rénovation intégrale pour répondre aux standards internationaux.
CAN 2025 : la carotte ou l’épouvantail
Derrière ces investissements se cache un enjeu majeur : accueillir la Coupe d’Afrique des Nations. Après avoir perdu l’organisation de la CAN 2025 au profit du Maroc, la Guinée refuse d’abandonner son rêve. Le gouvernement veut frapper fort et montrer à la CAF qu’il peut encore revenir dans la course pour une prochaine édition.
Mais à quel prix ? Les 8 000 milliards FG annoncés ne concernent pas seulement Nongo et le 28 Septembre. Il faut construire ou moderniser plusieurs stades régionaux, améliorer les routes, les hôtels, la sécurité… Tout un écosystème. Et chaque retard ou mauvaise gestion pourrait transformer ce rêve en gouffre financier.
Entre passion et polémique
Si une partie de la population voit dans ce projet une chance unique pour la Guinée de briller sur la scène africaine, d’autres dénoncent un choix politique et économique risqué. “Nous aimons le football, mais avons-nous les moyens de mettre 800 millions de dollars alors que des hôpitaux manquent de tout ?” s’interroge un économiste guinéen.
À cela, Kéamou Bogola Haba répond : “Le football est un levier de développement. Un pays qui accueille une CAN change d’image, attire des investisseurs et crée des emplois.” Il n’a pas tort. L’exemple du Sénégal ou du Cameroun montre que de grands événements sportifs peuvent avoir un impact économique réel. Mais tout dépend de la gestion, de la transparence et surtout… du respect des délais.
Un test pour la gouvernance sportive guinéenne
Ce chantier titanesque est aussi un test grandeur nature pour la Fédération Guinéenne de Football (FGF) et le ministère des Sports. La Guinée sort de plusieurs années de crises internes au sein de la FGF, de tensions politiques et de réformes statutaires. La CAF et la FIFA observent.
Pour réussir ce pari, la Guinée doit prouver qu’elle peut gérer des projets sportifs de grande envergure avec rigueur et sans corruption. Les 2 500 milliards déjà investis doivent se traduire par des stades modernes et fonctionnels, pas par des chantiers inachevés ou des scandales financiers.
Le football, miroir de la nation
Ce débat dépasse largement le cadre du sport. Il pose une question fondamentale : quelle place le football doit-il occuper dans la construction d’un pays ? En Guinée, le ballon rond a souvent été utilisé comme outil politique, comme soupape sociale. Aujourd’hui, il devient aussi un terrain de bataille économique et de crédibilité internationale.
Si la Guinée réussit ce pari, elle entrera dans une nouvelle ère. Les jeunes joueurs auront des stades dignes pour éclore, les clubs pourront rivaliser sur la scène continentale, et le Syli national pourra enfin jouer à domicile devant des milliers de fans dans des conditions de classe mondiale. Mais si elle échoue, la facture politique et sociale sera lourde.
Le verdict viendra du terrain
Pour l’instant, les bulldozers travaillent, les tribunes se transforment, et la nation retient son souffle. Les prochains mois seront décisifs. La CAF et la FIFA surveillent. Les supporters attendent. Et le gouvernement joue sa crédibilité.
Car au final, au-delà des milliards et des discours, c’est sur la pelouse, sous les projecteurs d’un stade rempli, que ce pari sera jugé. La Guinée a lancé le match. Reste à savoir si elle marquera l’histoire… ou contre son camp.
— guineetopsports



